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avril 17, 2014

Longue marche vers la maîtrise

Chère Merveille,

Je me sens parfois fatigué de ne pas aboutir. De marcher vers un horizon qui se trouve toujours hors de portée. Ou même d’avoir l’impression de commencer à peine, alors que je suis en route depuis si longtemps.

Je me sens alors très las. Je voudrais retourner me coucher.

Jusqu’à ce que je me rende compte qu’avec ce genre de pensées j’étais déjà en train de dormir. Et que je me réveille. Que je me rappelle que je ne vais jamais « aboutir ».

Je sais moins, je fais plus

Tu connais peut-être cette impression étrange d’en savoir moins que lorsque tu t’étais élancée dans ton art/ta carrière, enthousiaste et naïve…

Eh bien, c’est là où j’en suis. J’ai commencé il y a longtemps ce voyage qui m’amène aujourd’hui à écrire cette lettre, à coacher des artistes entreprenants et des entrepreneurs créatifs. Et même si je me suis mis en route il y a des lustres, j’ai encore l’impression de balbutier.

Je vois que je sais bien moins que j’ai cru à certains moments savoir. Je suis moins habile, moins puissant que je le souhaiterais. Si cela apparaît si clairement, c’est parce que je fais le pas d’offrir mes services, de publier ma lettre, de m’avancer dans le monde. Il serait facile de croire en mes capacités si je restais dans mon coin, si je ne publiais pas, si je ne faisais que penser à aider les autres, si je me contentais de rêver de ma contribution possible.

Ce faisant, je mesure à quel point je suis encore en apprentissage. Et cela me pèse parfois (mais seulement lorsque je nourris des pensées qui prétendent que ce ne devrait pas être le cas).

Ma seule option est évidemment de continuer à m’avancer, à publier, à offrir mes services, à « partager mes dons » — non pas parce que je maîtrise quoi que ce soit, ou parce que je suis « prêt » et aurais raison d’être confiant; mais parce que c’est seulement ainsi que je peux continuer à avancer et apprendre.

Bref, je reste en mouvement. Je sais moins, mais je fais plus. C’est ce qui compte. Le reste n’est que pollution mentale (et quand va-t-on commencer à parler d’écologie intérieure?)

Le vieux peintre fou sur la montagne

Lorsqu’il m’arrive de me sentir découragé, d’avoir envie de me plaindre que les choses ne bougent pas assez vite, je me rappelle ce commentaire attribué au peintre japonais Hokusai (1760-1849), alors qu’il avait 85 ans:

J’ai commencé à dessiner alors que j’avais environ six ans. Je suis devenu un artiste, et à partir de cinquante ans j’ai commencé à produire des oeuvres qui m’ont valu une certaine réputation; mais rien de ce que j’ai fait avant l’âge de soixante-dix ans ne méritait d’attirer l’attention. À soixante-treize ans, j’ai commencé à acquérir une compréhension de la structure des oiseaux et des bêtes, des insectes et des poissons, ainsi que de la croissance des plantes. Si je continue à essayer, je vais sûrement les comprendre encore mieux quand j’aurai quatre-vingt-six ans, si bien qu’à quatre-vingt-dix je devrais avoir pénétré leur nature essentielle. À cent ans, je pourrais bien en avoir une compréhension véritablement divine, et à cent trente, cent quarante ou plus j’aurai atteint le niveau où chaque point et chaque trait que je peins sera vivant. Puisse le Ciel, qui procure longue vie, me donner la chance de prouver que ce que je dis est vrai.
Hokusai Katsushika

Hokusai ne dit pas que la maîtrise ne vient qu’à 140 ans. Il dit que la route n’a pas de fin. Qu’il n’y a pas de limite à l’approfondissement de la vision et au raffinement des capacités.

Que peu importe où l’on se situe le long de la route, le travail demeure le même. Et le bonheur ne se trouve pas à l’horizon, dans un quelconque aboutissement chimérique, mais dans l’attention appliquée à chaque pas.

Ce pourquoi il est crucial d’aimer telllement notre art/travail que l’on serait d’accord pour continuer même si on ne devait jamais en retirer quelconque bénéfice extrinsèque.

Je dis: mieux vaut être certain que l’on veut vraiment marcher sur cette route. Mieux vaut aimer.

Dans mon cas, je suis en mesure de répondre oui.

Je marche. Je ne vois pas le bout de la route — mais cela n’a pas d’importance. Chaque pas m’accorde le privilège de participer à ce que j’aime.

C’est ce que je te souhaite.

Yan

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