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septembre 25, 2014

Les trois seules choses digne d’attention

(et pourquoi j’ai attendu à la dernière minute avant d’écrire cette lettre)

Je me mouche à tout bout de champ depuis plus d’une semaine. Je tousse, je crache. J’ai une seule envie: prendre un bain. Puis me recoucher. Puis reprendre un bain. Et perdre mon temps en me promenant sur Internet et en achetant plus de livres que j’ai le loisir d’en lire.

Tu l’as compris, Merveille, j’ai un bon gros rhume. Ce qui veut dire que je me sens aussi inspirant qu’un pyjama porté trop longtemps. Que mon entrain à travailler est aussi défaillant que mon cerveau, qui est aussi vide que ma boîte de mouchoirs.

Mais le temps est venu de t’envoyer cette lettre, et je ne veux pas manquer à l’appel (déjà que je me dis qu’une fois aux deux semaines est décidément bien peu) — et cette situation devient tout compte fait l’occasion d’aborder une idée qui pourrait tout compte fait t’être utile:

Il n’y a que trois façons fécondes d’orienter notre attention dans l’instant.

Le reste n’est que pollution mentale, bruit, distraction, et ne devrait se trouver dans le champ de notre attention que le temps de s’en débarasser.

Les voici: explorer, aider, prendre soin de soi.

Parce que je suis en ce moment aussi vital qu’un accordéon percé, je vais être bref. On en reparlera un de ces jours.

1. Explorer

La première façon consiste à prêter attention à ce qui est nouveau. D’être mû par la curiosité alors qu’on explore, qu’on apprend, qu’on interagit.

Lorsque tu es dans ce mode, tu avances comme un enfant curieux prêt à se jouer d’un rien et à s’amuser de tout. Tu cherches l’aventure, tu demandes à être surpris. Tu découvres, tu crées, tu regardes. Tu inventes, tu voyages, tu imagines.

Lorsque j’écris un roman ou que je voyage, je suis dans ce mode.

2. Aider

La deuxième façon consiste à chercher à aider. L’intention est d’être utile, de contribuer, de soulager.

Lorsque tu es dans ce mode, ton souci pour l’autre t’amène à t’intéresser à lui, à l’écouter, à tenter de le comprendre… Puis à faire ce qui est à ta portée pour l’aider. Tu pries, tu te bats, tu agis. Tu fabriques, tu conseilles, tu soutiens.

Lorsque j’écris cette lettre, je suis dans ce mode.

Lorsque je coache quelqu’un, j’alterne selon les moments entre le premier et le deuxième mode.

3. Prendre soin de soi

La troisième et dernière façon consiste à panser ses plaies. À s’occuper de soi quand vient le temps de se reposer ou de récupérer.

Lorsque tu es dans ce mode, ton attention se porte sur tes propres besoins: repos, variété, renouvellement, nutrition, mouvement, sécurité. Tu te préoccupes de ton propre bien-être, tu souffles un peu, tu t’assois enfin. Tu te gâtes, tu dors, tu t’entraînes, tu acceptes de t’accorder ce dont tu as besoin. Pour une minute ou pour un jour.

(Ou, comme c’est mon cas cette semaine, tu prends des bains, tu te mouches et tu regardes des films.)

Dosage et timing

C’est avant tout une question de dosage, et de timing. Passer le plus clair de son temps à prendre soin de soi, par exemple, produit une existence étriquée — mais négliger cet aspect mène droit à la catastrophe.

L’important est de ne pas rester coincé sur un mode alors que le moment appelle autre chose.

Et de se rappeler que la culpabilité, l’anxiété, l’obsession à propos du passé ou du futur, les reproches adressés aux autres ou à soi-même ne font PAS partie du club très sélect des trois seules choses qui méritent notre attention lors de notre très court passage sur terre.

Ton (morveux) allié,

Yan