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mai 15, 2015

La mort d’une histoire (1 de 3)

Rails
Les histoires qu’on se raconte ont la vie dure. Surtout si on est persuadé qu’elles ont la vie dure.

Elles sont persistentes. D’autant qu’on est persuadé de leur existence tangible, objective, incontournable.

Elles sont avec nous depuis si longtemps — sûrement qu’il va nous falloir longtemps pour nous en défaire, pas vrai? Voilà ce qu’on se répète depuis encore plus longtemps.

Mais le temps n’a rien à voir là-dedans. L’existence d’une histoire qu’on se raconte sur le monde ou sur nous-même n’a pas d’autre énergie que celle qu’on lui confère par nos pensées. Et elle n’est pas plus tangible que la persistence avec laquelle on se la raconte pour la maintenir en vie.

Ce qui est plutôt une bonne nouvelle — même si tu penses peut-être que ce que je dis là est bien beau, mais qu’il y a quand même des exceptions: ça ne s’applique pas à cette histoire que tu te racontes sur toi-même et qui est, celle-là, bien tangible, bien ancrée, bien solide — parce qu’elle est, elle, vraiment vraie de vraie! Tu es donc, crois-tu, à la fois justifié dans ton embourbement et bel et bien piégé pour de bon.

Bien sûr, Merveille, bien sûr. Tant que tu veux.

Permets-moi quand même de mentionner trois « actions » qui peuvent causer la mort d’une histoire qui ne nous sert pas.

  • Voir
  • Faire
  • Accueillir

1. Voir

Je raconte souvent à mes clients cette petite fable issue des traditions spirituelles:

Tu marches dans la forêt, tranquille… Jusqu’à ce que ton corps se fige et que tu réalises, horrifié, que tu étais sur le point de marcher sur un serpent. La peur se répand dans tes veines, ton coeur se met à battre à tout rompre.

La peur est réelle, le danger aussi. Tu restes là, tétanisé, en espérant que le serpent passe son chemin sans te sauter dessus, en te demandant si tu ne devrais pas essayer de t’élancer hors de portée. Son venim est-il mortel?

Mais voilà qu’au bout de cinq interminables minutes tu te rends soudain compte, en un instant, qu’il ne s’agit pas d’un serpent mais d’un bâton. Un vulgaire bout de bois!

Qu’arrive-t-il à la peur? Elle s’évanouit aussi vite que l’histoire du serpent. Tu pousses un soupir, tu t’esclaffes — si tu étais un animal tu tremblerais pendant une minute ou deux pour évacuer la tension — et tu reprends ta route.

Tu n’as pas besoin d’essayer de te convaincre que le serpent n’est pas un serpent. Tu n’as pas non plus besoin de temps pour te persuader de la réalité telle qu’elle t’apparaît maintenant: une fois que tu as VU que le « serpent » n’était qu’un bâton, le serpent a disparu… et la peur avec. Aucune chance de te remettre à croire, une heure plus tard, que le bâton est un serpent — non, tu as VU que c’était un bâton.

Voir change tout. Une fois que l’on a vu, aucune volonté n’est nécessaire pour « maintenir » cette vision ou croire en elle. Aucun effort n’est requis pour maintenir ce qui a été vu. Tu ne pourrais pas te faire peur avec un bâton même si tu essayais.

Voir libère instantanément.

En attendant

Mais que faire si on ne voit pas encore d’une manière qui libérerait? Après tout, on ne peut pas se forcer à voir les choses différemment. Voir ne consiste pas à essayer de se convaincre, ou à remplacer une croyance par une autre…

En attendant, eh bien, on peut prêter attention. Regarder le serpent avec curiosité.

On peut aussi faire, et accueillir. On reparlera, en début de semaine prochaine, de la différence que faire fait. Puis de ce que accueillir permet. À suivre!

Yan

Photo: Rails, ©Yan Muckle 2015