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juin 12, 2014

Ce que tu veux vraiment faire: le burnout du maître zen

Je suis entouré de créateurs, Merveille. De créateurs puissants, comme toi — et qui l’oublient souvent.

Ils ne savent plus (ou n’ont jamais vraiment su) comment appliquer leur créativité à leur vie. Alors ils se sentent coincés. Victimes des circonstances, de leurs pensées, de leurs habitudes. Contraints de faire un paquet de choses qu’ils ne veulent pas vraiment faire.

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« Pas le choix » devient le mantra qui résume leur frustration et leur découragement. L’écriteau qui surplombe le tunnel apparemment sans fin dans lequel ils se sont enfoncés.

Il y a quelques années, alors que j’étais en vacances au lac St-Jean, j’ai écouté une entrevue avec le Maître Zen Genpo Roshi. Je me souviendrai toujours de ce que j’ai entendu ce jour-là.

Cet originaire de Brooklyn (né Dennis Paul Merzel), qui transmet l’enseignement zen des traditions Soto et Rinzai depuis 35 ans, est un homme fort occupé. Il supervise la communauté mondiale « d’héritiers » du vénérable Maezumi Roshi, dirige son propre centre, et voit au bon fonctionnement de centres affiliés dans plusieurs pays d’Europe. Non seulement responsable de transmettre le dharma dans la tradition zen traditionnelle, il a également développé un puissant processus d’éveil appelé Big Mind – Big Heart. Il est aussi époux, père de deux enfants, en plus de voir à l’évolution des moines et facilitateurs sous sa tutelle. Bref, le monsieur ne chôme pas.

Dans l’entrevue, Genpo évoquait le cancer qui avait envahi son corps cinq ans auparavant. Et expliquait ce qui avait changé pour lui depuis sa rémission.

Voici la simple phrase qui a résonné comme une détonation:

« Ce que le cancer a changé, c’est que maintenant je fais seulement ce que je veux faire. Je ne fais plus de choses que je ne veux pas faire. »

???

J’ai appuyé sur rewind pour être sûr que j’avais bien entendu.

« I do what I want to do. I don’t do things I don’t want to do. I am with people I love to be with and I’m not with people I don’t want to be with. »

Incroyable… Voilà quelqu’un qui est censé être fondamentalement libre — ou à tout le moins plus libre intérieurement que le commun des mortels — et qui vient tout juste de dire que, jusqu’à ce que le cancer le secoue, il lui arrivait encore de faire des choses par sens d’obligation, à contrecoeur, sans y donner son plein assentiment…

Est-ce que sa transformation implique qu’il est soudainement devenu un égocentrique ne poursuivant que son propre plaisir? Pas du tout.

« I do a lot of things and I’m with a lot of people. But, I don’t waste my time if I can help it doing things I don’t want to do. And I don’t waste my time being with people I don’t want to be with.

Luckily, I like people a lot and I like doing a lot. I probably work from about 8 a.m. everyday until about 11 p.m. and I love it and I work 7 days a week. But it’s not work for me. It’s just a great joy and a great pleasure and yet I’m busy, but there seems to be a tremendous spaciousness within it.

I choose my time to do the things I love doing. I have a great passion for my work and a great passion to see people wake up. And I no longer only teach a traditional Zen way because I found that I wasn’t loving it anymore after teaching it since the mid-70s. Now I teach and I share and I facilitate and I empower people in a way that brings me great joy and happiness and brings them great joy and happiness. »

Le burnout du maître zen

« I was in burnout for 5 years. And completely fed up with Zen teaching as I was doing it and with the whole Zen way. And I had to have the courage to really come up with something. Reinvent my job.

I saw that what I really was passionate about was meditating and sharing or teaching or being with people and talking to people. But, I didn’t love anymore being a traditional Zen teacher. I didn’t love… I felt locked in a kind of, I called it a party line. That to be a good Zen teacher I had to say this and do this or be this and be that. And a lot of shoulds and should nots.

And I just threw those shackles off: all my shoulds and should nots, all my oughts and ought nots, threw them off and was free and liberated in that moment.

And then I had to decide what I want to do.

I had to reinvent [my work]. And that takes tremendous courage. But it also takes soul searching.

I had to really look at what were my fears of letting go of the job and the way I was doing it to be able to do it in a way that brought inspiration to me. That brought a joy to me and to the people studying it. »

Un réveil soudain, suivi d’un travail dans le temps

Comment les choses ont-elles changé pour lui?

« It was sudden and gradual, which really are the two wings of every bird. There is an awakened experience or insight, a realization that always happen suddenly. And then there’s the gradual side or the process side of integration.

[I made a] conscious choice, which allowed me to make a leap from being burned out to being completely refreshed and revitalized by my work. And then there was a process. After 1999, it’s been almost 10 years, 9 years, of process of really embodying that. »

Autrement dit:

Tu aurais beau être un maître zen avec une trentaine d’années de pratique, Merveille, cela ne t’exempterait pas de la tâche de devoir te réinventer périodiquement.

De secouer tes puces, et de te rendre compte que tu es tombé à nouveau dans le piège de te croire victime de tes circonstances.

De te surprendre en train de faire un cauchemar dans lequel tu es prisonnier de ta vie.

Et de te réveiller.

De te rappeler que tu peux créer puisque tu es créateur.

Tu peux choisir de faire ce que tu veux vraiment. Te concentrer sur ce qui est vraiment précieux pour toi.

Puis te mettre au boulot, avec courage, le regard sans cesse porté sur ce que tu aimes.

Bonne route,

Yan

p.s. Si tu fais face à un tel changement et que tu aimerais en discuter, fais-moi signe.

p.p.s. Je travaille ces jours-ci à mettre sur pied une sorte de « plan de match » sous forme de liste interactive pour créer n’importe quoi, du plus simple au plus complexe.

Vraiment? Vraiment.

Je le fais pour moi-même d’abord, mais j’ai l’intention de le partager avec tous ceux qui lisent cette lettre. À suivre très bientôt…

photo: Giovanni Orlando