Image
Top
Navigation
mai 15, 2014

9 vérités paradoxales pour s’arrêter sans se culpabiliser

Merveille,

Peut-être es-tu de ceux qui doivent lutter avec la culpabilité dès que l’idée te vient de t’arrêter un moment ou de te reposer.

meditation

Si oui, je suis bien désolé pour toi. Ce n’est pas drôle de vivre avec un anxieux sous son crâne, surtout quand celui-ci a décidé qu’il assumerait les fonctions de commandant. Ça m’arrive parfois aussi (beaucoup moins souvent maintenant, heureusement).

Voici neuf pensées paradoxales, que j’offre sans savoir si elles changeront quelque chose, ou pas. La plupart des gens vont hocher la tête, dire « c’est bien vrai », et continuer à faire comme avant — en se le reprochant.

Bon, si tu roules à plein gaz pour la seule et unique raison que tu es épormyablement passionnée par ce que tu fais, c’est fantastique. Après tout, comme disait Ezra Pound, pourquoi ne pas être complètement consumé et utilisé au moment de mourir?

Mais tout de même, il me semble qu’éviter d’être consumé prématurément permettrait de s’adonner à sa passion, d’en jouir (et d’être utile) plus longtemps…

Voici donc ma liste de paradoxes:

1. Plus je me repose, plus je gagne en force.

C’est quand je me repose après l’effort que ma capacité physique s’accroît, que mes muscles gagnent en force. C’est pendant que je me repose que de nouvelles connexions neuronales apparaissent, que ce sur quoi je me suis concentré juste avant gagne en perspective.

Vérité incontournable de notre physiologie: un repos suffisant est plus important pour notre santé que la nutrition ou que l’exercice. Le repos vient en premier, la nutrition en second, l’exercice en troisième.

(Non, l’exercice ne diminue pas le besoin de repos, il l’augmente. C’est seulement après une pleine récupération que l’exercice rend le corps plus fort et le mental plus résistant.)

2. Plus je ralentis, plus j’atteins ma cible rapidement.

Jean de la Fontaine était peut-être le premier à le dire, mais il ne sera certainement pas le dernier.

Ici, ralentir veut dire: permettre à mon attention de se placer sur ce qui se trouve directement devant moi, et résister à la tentation de passer à autre chose. Si la tortue l’emporte, ce n’est pas à cause de sa lenteur, mais parce que sa lenteur lui permet de ne pas se laisser distraire de ce qu’elle est en train de faire: poser un pas devant l’autre.

C’est quand je ralentis que je suis en mesure de voir les opportunités qui se trouvent juste là, sous mon nez, et que je n’apercevrais pas si la peur de manquer d’argent, manquer de temps, manquer le bateau me poussaient à me hâter.

3. Je ne suis pas « quelqu’un » (et encore moins quelque chose); je suis un mouvement qui oscille au gré d’un rythme bien précis.

Même si je crois pouvoir l’oublier; même si je ne l’ai jamais su; même si je pense pouvoir dépasser cela… Je suis avant tout un processus en transformation selon un rythme et une pulsation aussi précise que le battement de mon coeur.

Aussi bien reconnaître pleinement ce fait et m’amuser dans le courant et les marées que de prétendre qu’elles n’existent pas et de m’épuiser jusqu’à ce que mort s’ensuive.

4. Se reposer ne veut pas dire ne rien faire.

Je me repose dès que je permets une alternance, que je suis à l’écoute du balancier et de là où il souhaite m’amener. Il fait beau aujourd’hui pour la première fois depuis des lustres: j’ai quitté mon bureau-salon pour me promener dehors, et maintenant je tape ceci depuis la terrase d’un café, les yeux plissés par le soleil.

Changement de décor, changement de rythme, changement de posture, changement de modalité (maintenant dans le corps, tout à l’heure dans la tête, ce soir dans le coeur)… Comme un dauphin qui dort une moitié de cerveau à la fois, on peut se reposer parfois tout en restant actif.

5. Plus je suis détendu, plus je suis en mesure de me mobiliser avec force.

Aucune énergie gaspillée: c’est le mantra de tout maître, quelle que soit sa discipline. Et le secret de sa capacité à exploser au moment précis où un surcroît d’énergie est requis.

Dans le jiu-jitsu traditionnel que je pratique, le combat libre au sol est ce qu’il y a de plus éprouvant physiquement (heureusement on est le plus souvent debout, contrairement au jiu-jitsu brésilen qui se déroule toujours au sol). Je ne connais rien de plus essouflant et vidant que cette empoignade furieuse qui combine la lutte gréco-romaine et le jeu d’échec.

jiu

Deux minutes au sol, c’est long! Surtout que mon partenaire est presque toujours plus jeune, plus lourd et plus expérimenté que moi.

De ces trois facteurs, c’est l’expérience qui fait la plus grande différence — en connaissance technique, bien sûr, mais surtout en capacité à rester détendu. À respirer calmement. À économiser ses forces pour le moment crucial.

Maintenant que j’ai un peu d’expérience, je vois à quel point j’avais tendance à forcer, à souffler comme un cheval… et à m’épuiser très vite.

6. Si je laisse ce qui ne m’appartient pas, les autres peuvent s’en occuper.

… Alors que si je reste convaincu que je dois m’en occuper, ils ne le feront pas.

Qu’est-ce qui m’appartient vraiment?

7. Moins je fais, mieux je fais.

Il y a cette pensée-terroriste: « si je ne m’agite pas, je vais couler inexorablement ». Pensée terrible, parce qu’elle m’amène à confondre quantité et qualité. Comme un non-nageur tombé à l’eau qui bat des pieds et des mains en tous sens pour survivre, et qui ne réalise pas qu’il s’épuise et que son agitation va causer sa perte.

Celui qui sait nager est simplement celui qui sait qu’il n’a presque pas besoin de bouger pour flotter, et qui sait que précision et souplesse lui permettront d’avancer bien mieux qu’un surcroît d’effort.

Éliminer les mouvements inutiles pour mieux accomplir ceux qui font une différence.

8. Le creux permet le plein.

La terre a besoin d’être laissée en jachère. Nous avons besoin de dormir. Notre coeur, cet organe qui semble être le parfait exemple d’une activité constante, est en réalité au repos les deux-tiers du temps.

La musique est essentiellement composée de l’espace entre les notes. 96% de l’univers n’est pas fait de matière (mais de « matière noire » et « d’énergie noire », autrement dit d’on ne sait trop quoi).

9. Mon « travail » principal consiste à être pleinement détendu.

Si je suis tendu, constamment occupé, préoccupé, débordé, courant à gauche et à droite pour faire tout ce que je pense que je devrais faire, la Muse aura beau me chuchoter plein de choses à l’oreille, je n’entendrai rien.

Je n’entendrai que ma fatigue, et le souffle rauque de la peur qui me talonne et semble se rapprocher sans cesse. Peur du vide; peur de l’échec; peur d’être laissé derrière; peur de manquer; peur d’être incompétent; peur d’être découvert incompétent…

Ce qu’il m’appartient de faire, en fin de compte, est peut-être simplement de me rappeler que, si je m’assure d’expirer complètement, l’inspiration se produira d’elle-même.

Parce que c’est dans ma nature d’inspirer.

Yan

photos: premasagar, San Diego Shooter

Recevez la lettre chaque semaine:

Aidez-moi à passer le mot: